Ils rapportent entre 6 et 7 % par an en médiane, n'ont provoqué une perte en capital que dans moins de 1 % des cas récents… et pourtant, la plupart des épargnants qui y souscrivent ne comprennent pas vraiment ce qu'ils achètent.
Les produits structurés sont devenus l'un des placements préférés des Français avec 42 milliards d'euros de collecte en 2023, contre 23 milliards deux ans plus tôt, mais leur complexité reste un problème majeur. Fin janvier 2026, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a publié une étude inédite pour tenter d'y remédier.
Un marché en pleine explosion, une compréhension qui ne suit pas
Un produit structuré, c'est un placement dont le rendement dépend de l'évolution d'un actif de référence. Le plus souvent un indice boursier comme l'Euro Stoxx 50 ou le CAC 40. Sa formule est fixée à l'avance : si l'indice se comporte comme prévu, l'épargnant touche un coupon, voire récupère son capital avec un bonus. Si les marchés décrochent au-delà d'un certain seuil, il peut perdre une partie de sa mise.
Sur le papier, la promesse est séduisante : un rendement potentiellement supérieur aux fonds en euros, avec une protection partielle du capital. En pratique, le fonctionnement repose sur des mécanismes techniques — remboursement anticipé automatique (autocall), barrières de protection, coupons conditionnels, indices à décrément — dont la compréhension échappe à la grande majorité des souscripteurs.
La cartographie ACPR-AMF publiée en avril 2025 révélait que près de la moitié des produits commercialisés entre 2021 et 2023 visaient une clientèle d'investisseurs avertis et non le grand public, alors même qu'ils étaient massivement distribués en assurance vie (80 % de la collecte).
Sept questions auxquelles les brochures devraient répondre clairement
L'étude publiée le 29 janvier 2026, issue d'un groupe de travail réunissant trois commissions consultatives de l'AMF (épargnants, gestion institutionnelle, fonctionnement du marché), n'impose pas de nouvelle réglementation. Elle propose un changement d'approche : structurer la documentation commerciale autour des questions que se pose réellement un épargnant avant de signer, plutôt que d'empiler des pages de jargon technique.
Les sept points que l'AMF recommande de mettre en évidence dès les premières pages d'une brochure tiennent en quelques lignes. Combien de temps mon argent est-il bloqué ? Puis-je le récupérer avant l'échéance, et à quel prix ? Dans quels cas suis-je rémunéré, et combien ? Puis-je perdre tout ou partie de mon capital, et dans quels scénarios ? Qui est l'émetteur du produit, et que se passe-t-il s'il fait faillite ? Quels sont les frais, visibles et cachés ?
Enfin, comment accéder au Document d'Informations Clés (DIC) réglementaire ?
Ce risque de crédit lié à l'émetteur est d'ailleurs l'un des angles morts les plus fréquents : si la banque qui a émis le produit structuré fait défaut, l'épargnant peut tout perdre, indépendamment de la performance de l'indice sous-jacent. L'AMF insiste pour que la notation de l'émetteur et la nature de ce risque figurent en bonne place dans les documents commerciaux.
Le piège du « décrément » enfin mis en lumière
Parmi les mécanismes les plus opaques, le décrément mérite une attention particulière. Plus d'un tiers des produits structurés commercialisés en France s'appuient sur des indices comportant un mécanisme de décrément, selon la cartographie ACPR-AMF. Le principe : au lieu de suivre un indice classique (qui intègre les dividendes versés par les entreprises), le produit utilise un indice synthétique dont on retranche chaque année un montant forfaitaire, censé représenter les dividendes.
Le problème surgit quand ce décrément est calculé en points fixes plutôt qu'en pourcentage. Dans ce cas, si l'indice baisse fortement, le montant retranché pèse proportionnellement de plus en plus lourd, amplifiant les pertes. L'AMF recommande que ce mécanisme soit expliqué de manière accessible, avec des exemples chiffrés montrant son impact dans différents scénarios de marché — pas seulement dans le scénario favorable.
Des performances flatteuses… mais dans un contexte porteur
Les chiffres récents sont rassurants en apparence. Sur la période 2021-2023, les produits structurés ont très majoritairement dégagé des performances positives, avec un rendement annuel médian brut (hors frais et fiscalité) compris entre 6 et 7 %. Moins de 1 % des produits remboursés ont entraîné une perte en capital. Et 95 % des produits ont été remboursés avant leur échéance finale, grâce aux clauses d'autocall déclenchées dans un contexte de marchés haussiers.
Mais l'ACPR et l'AMF prennent soin de rappeler que ces résultats reflètent une période spécifique de marchés favorables. Un retournement prolongé des indices boursiers produirait un tableau très différent. La protection du capital, souvent mise en avant dans les argumentaires commerciaux, n'est pas une garantie inconditionnelle : elle ne joue qu'à l'échéance et sous certaines conditions (par exemple, que l'indice n'ait pas chuté de plus de 40 ou 50 %). En cas de revente anticipée, l'épargnant s'expose à une perte qui peut être significative.
Ce que l'étude ne dit pas (mais que les épargnants devraient savoir)
L'étude de l'AMF se concentre sur la lisibilité des documents commerciaux et ne constitue pas une doctrine contraignante. Elle ne modifie pas le guide existant de l'AMF pour l'élaboration des communications promotionnelles. C'est un exercice de pédagogie, pas de régulation — un signal envoyé à l'industrie, pas une obligation.
Reste un sujet que l'étude effleure sans le trancher : la question des frais. Les produits structurés sont notoirement difficiles à décortiquer en matière de coûts. Entre les frais de structuration intégrés au produit, les commissions versées aux distributeurs, et les frais propres au contrat d'assurance vie qui les héberge, l'épargnant peine à évaluer ce que le placement lui coûte réellement. L'AMF recommande plus de transparence, mais la route est encore longue.
Dans un marché qui a doublé en deux ans et qui attire des épargnants de plus en plus novices, la clarté de l'information n'est pas un luxe. C'est une condition de survie pour la confiance dans ces produits.

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