SpaceX, OpenAI, Anthropic : les introductions très attendues de 2026 aiguisent l'appétit des investisseurs. Une étude portant sur près de 1 000 IPO américaines suggère que l'essentiel de la création de valeur s'opère désormais avant la cotation.
SpaceX a déposé son dossier d'introduction en Bourse de façon confidentielle le 1er avril 2026. L'opération viserait jusqu'à 75 milliards de dollars levés, pour une valorisation d'environ 1 750 milliards, ce qui en ferait l'une des plus importantes de l'histoire.
OpenAI et Anthropic, dans l'intelligence artificielle, devraient suivre dans les prochains mois avec des introductions de grande ampleur. Pour les banques, ces dossiers promettent des commissions élevées ; pour les fondateurs et les premiers actionnaires, des gains considérables. L'attente médiatique entretient l'idée qu'une place serait à prendre dès le premier jour de cotation, au risque de transformer l'introduction en événement spéculatif.
La question, pour l'investisseur particulier comme pour une clientèle patrimoniale, est de savoir si l'entrée en Bourse d'une société très en vue constitue une vraie opportunité d'investissement, ou si le plus gros de la performance a déjà été capté ailleurs, par des acteurs entrés bien plus tôt au capital. Les travaux de Brad Badertscher, professeur de comptabilité à l'université de Notre-Dame, invitent à la prudence.
Des sociétés qui entrent en Bourse plus tard
Historiquement, l'introduction permettait à de jeunes entreprises en manque de liquidités de financer leur croissance, et aux investisseurs ordinaires d'y prendre part tôt. Amazon ou Apple ont rejoint la cote au début de leur cycle de vie, et l'essentiel de leur ascension est survenu après leur introduction, au bénéfice des actionnaires publics.
Ce schéma a changé. Le nombre de sociétés cotées aux États-Unis recule depuis la fin des années 1990, tandis que le capital-risque et le capital-investissement abondent les financements privés, dispensant les entreprises de solliciter aussi tôt l'épargne publique. L'étude, qui porte sur près de 1 000 IPO américaines entre 2007 et 2022, relève un fait parlant : l'âge moyen des entreprises au moment de leur introduction a plus que doublé, passant d'environ quatre ans au début des années 2000 à près de dix ans en 2025. Les sociétés lèvent désormais des milliards sans passer par les marchés publics, et n'en ont plus besoin aussi tôt qu'auparavant.
Quand elles franchissent enfin le pas, une part substantielle de leur croissance s'est déjà produite à l'abri des regards, hors de portée de l'épargnant qui ne pouvait y accéder. L'introduction marque alors moins le début d'une aventure boursière que la sortie organisée des investisseurs présents depuis l'origine.
Le signal des cheap stock
Les chercheurs se sont penchés sur les cheap stock, ces options attribuées aux dirigeants avant l'introduction à un prix très inférieur à celui de la cotation. En moyenne, le prix d'introduction ressortait à 5,7 fois le prix d'exercice des options accordées l'année précédente.
Concrètement, un dirigeant disposant d'options à 2 dollars sur une action introduite à 20 dollars peut acheter puis revendre aussitôt avec un gain immédiat. Une partie de l'écart s'explique par la croissance réelle de l'entreprise ou par la moindre liquidité des actions privées, mais il reste large même après ces corrections. Les sociétés soutenues par le capital-risque et des investisseurs institutionnels affichaient les écarts les plus marqués, ce qui désigne l'IPO comme un moment de liquidité pour les initiés autant qu'une étape de financement.
L'étude observe aussi qu'après l'introduction, les entreprises ayant distribué le plus de cheap stock investissent moins en recherche et en dépenses d'équipement, et délivrent des rendements boursiers plus faibles sur la durée, signe d'une prise de risque amoindrie une fois les fondateurs servis. Pour qui souhaite s'exposer aux pépites technologiques, l'enseignement est net : une large part de la croissance spectaculaire se déroule désormais quand la société est encore privée. Y accéder suppose d'ouvrir la porte du non-coté, via des fonds de capital-investissement, en acceptant l'illiquidité, des frais plus élevés et un horizon de plusieurs années, plutôt que d'attendre l'IPO en espérant capter une hausse déjà largement réalisée. Cet arbitrage entre coté et non-coté gagne à être posé en amont, dans le cadre d'une allocation globale et d'une tolérance au risque clairement définie.
Source : étude de Brad Badertscher, université de Notre-Dame, sur près de 1 000 IPO américaines (2007-2022).

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