Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Gabriel Attal défendent trois systèmes de retraite différents, alors que la réforme de 2023 est suspendue jusqu’en 2028. Dans les entreprises, 54 % des salariés disent mal connaître ce qui les attend. Les outils officiels existent, et la loi oblige désormais l’employeur à ouvrir la discussion.
Le 29 septembre, dans une vidéo d’une vingtaine de minutes, Édouard Philippe a proposé qu’« en moins de 10 ans, nous soyons passés à 65 ans pour l’âge légal de départ, et 45 annuités », en précisant qu’« un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans ». Une semaine plus tôt, sur LCI, Bruno Retailleau fixait un âge minimal à 63 ans, avec une décote, et le taux plein à 65 ans, et réservait aux jeunes qui entrent sur le marché du travail une part de capitalisation, appelée à fournir environ un quart de leur retraite. Gabriel Attal plaide depuis novembre 2025 pour un système sans âge légal : « Chacun sera libre de choisir le moment où il part. » Il y ajoute 1 000 euros versés par l’État à chaque naissance sur un compte de capitalisation. Tous trois veulent introduire une part de capitalisation.
Le droit en vigueur, lui, tient en un barème provisoire. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a suspendu jusqu’au 1er janvier 2028 le relèvement de l’âge et de la durée de cotisation. Une personne née en 1964 peut partir à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres. Celle née en 1966 attendra 63 ans et 3 mois et devra en réunir 172. À partir de la génération 1969, l’âge légal reste fixé à 64 ans.
Sur ce terrain mouvant, les salariés avancent sans carte. Dans une enquête de Selvitys pour le cabinet Sapiendo, menée du 29 avril au 6 mai auprès de 1 000 salariés d’entreprises d’au moins 200 personnes, 54 % se disent mal ou très mal informés sur la préparation de leur retraite. Le baromètre de la mutuelle d’épargne MIF, réalisé par Odoxa en avril auprès de 1 000 actifs de 45 à 64 ans, trouve la même proportion de mal informés sur le montant de leur future pension. Il ajoute que 71 % ignorent leur taux de remplacement, c’est-à-dire la part de leur dernier revenu que couvrira leur pension. Un sondage OpinionWay pour Finary, publié fin septembre et mené auprès de 2 500 personnes, compte 61 % d’actifs mal informés sur leur future retraite et 38 % qui ont commencé à épargner.
L’entreprise priée de s’en mêler
Les salariés se tournent vers leur employeur. Selon l’étude Sapiendo, 42 % estiment qu’il devrait commencer à les accompagner avant 55 ans, et la même proportion souhaiterait un bilan retraite personnalisé, que 20 % seulement se voient proposer. La loi du 24 octobre 2025 sur l’emploi des salariés expérimentés va dans ce sens. Elle crée un entretien dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière, à 45 ans, puis un autre dans les deux années précédant les 60 ans, consacré aux aménagements de fin de carrière, dont la retraite progressive. Celle-ci est accessible dès 60 ans depuis le 1er septembre 2025 et l’employeur qui la refuse doit motiver sa décision. Pour Valérie Batigne, cofondatrice et présidente de Sapiendo, dont c’est le métier, « accompagner ses salariés sur leur retraite, c’est leur donner de la visibilité ».
Un relevé à 35 ans, une estimation à 55
Chaque assuré reçoit un relevé de carrière à 35 ans, puis tous les cinq ans, et une estimation chiffrée de sa pension à partir de 55 ans. Un entretien d’information est ouvert dès 45 ans, sur demande. L’Union Retraite, qui gère le portail info-retraite.fr, y a compté 23,7 millions de simulations en 2025, et 18,8 millions de comptes ont été créés depuis 2016. Le conseil pèse sur le moral. Dans les données françaises de l’étude Decoding Investors d’Amundi, 74 % des personnes conseillées par un professionnel s’estiment capables de financer leur retraite, contre 55 % de celles qui ne l’ont jamais été.
Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit dans son rapport de juin que le niveau de vie des retraités, équivalent à celui de l’ensemble de la population en 2023, n’en représenterait plus que 90,3 % en 2070. Selon ses projections, reprises par l’association Préfon, la pension d’un salarié non cadre du privé couvrait environ 75 % de son dernier salaire pour les générations nées dans les années 1950 et n’en couvrirait plus qu’environ 69 % pour celle née en 2000. Fin 2023, la pension moyenne de droit direct s’élevait à 1 541 euros nets par mois, d’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). Le ministère de l’Économie recensait près de 12,7 millions de titulaires d’un plan d’épargne retraite (PER) au troisième trimestre 2025, pour 141,1 milliards d’euros.
Édouard Philippe souhaite que « tous les Français puissent disposer d’un plan d’épargne-retraite ». D’ici là, la seule échéance inscrite dans la loi est le 1er janvier 2028, terme de la suspension, quelques mois après l’élection présidentielle.

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