Le gouvernement étudie un relèvement du plafond du Livret A de 22 950 € à 30 000 € pour financer la rénovation des lycées, selon Les Echos. Rien n’est tranché et l’exécutif est divisé, alors que les Français ont retiré près de 7 milliards d’euros de leurs Livrets A depuis janvier.
C’est la troisième fois depuis l’été. Mi-août, dans Libération, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, proposait de porter le plafond à 30 000 € pour financer l’adaptation au changement climatique. Le 16 octobre, un amendement de La France insoumise (LFI) défendu par Éric Coquerel, adopté en commission des finances, était rejeté en séance lors de l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2027. Le 29 octobre, Les Echos révélaient que le gouvernement planchait sur la même hausse, cette fois pour les lycées. « Le Livret A. Il est appelé à la rescousse à l’occasion de chaque crise ou de chaque besoin de financement », résume Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne.
La piste reste au stade de l’étude. Une réunion entre Matignon et Bercy, en présence de la Caisse des Dépôts (CDC), s’est tenue le 28 octobre sans décision rendue publique. Selon la presse, la CDC pousse la mesure depuis plusieurs mois, Matignon et l’Élysée y seraient favorables, Bercy beaucoup moins, qui redoute l’endettement supplémentaire des collectivités et le coût fiscal d’intérêts défiscalisés. Toujours selon la presse, un décret suffirait, et la date du 1er février 2027 circule. Le plan lycées, lui, est annoncé depuis le 26 octobre : 4 milliards d’euros de prêts ÉduRénov de la Banque des Territoires d’ici 2030, que les régions devront rembourser. Régions de France a fait savoir qu’elles « attendent cependant autre chose que des facilités d’endettement ».
Le mécanisme explique l’intérêt de la Caisse. Une part des sommes déposées sur les Livrets A et les livrets de développement durable et solidaire (LDDS), 59,5 % en 2025, remonte au fonds d’épargne qu’elle gère. Celui-ci prête à très long terme, à un taux indexé sur celui du livret, d’abord au logement social. Fin 2025, ses encours de prêts atteignaient 244,9 milliards d’euros, dont 203,4 milliards pour le logement social et la politique de la ville et 28,8 milliards pour le secteur public local. Le plafond du Livret A n’a pas bougé depuis le 1er janvier 2013, date à laquelle il avait été porté à 22 950 €, trois mois après un premier relèvement à 19 125 €. Celui du LDDS est de 12 000 €. En décembre 2025, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, assurait que le gouvernement « n’envisage absolument pas de toucher au fonctionnement du Livret A ».
Un livret qui se vide
Le calendrier surprend. D’après les chiffres de la CDC publiés le 22 octobre, le Livret A a perdu 1,52 milliard d’euros en septembre, sa septième décollecte de l’année, et 6,9 milliards depuis janvier, pour un encours de 442,7 milliards fin septembre. La remontée du taux à 1,7 % au 1er août « n’a pas réellement convaincu les épargnants », note Philippe Crevel. Pourquoi alors relever un plafond que la plupart n’atteignent pas ? Parce que ceux qui l’atteignent pèsent lourd. Selon l’Observatoire de l’épargne réglementée de la Banque de France, 15 % des Livrets A sont au plafond et ils concentrent la moitié de l’encours. Le Cercle de l’Épargne estime qu’un plafond à 30 000 € apporterait une dizaine de milliards d’euros de collecte en quelques mois, mais qu’en raison des règles de liquidité et de solvabilité, ces 10 milliards ne produiraient qu’environ 5 milliards de prêts.
Qui y gagnerait
Pour un épargnant déjà au plafond, la hausse ouvrirait 7 050 € de dépôts supplémentaires, soit environ 120 € d’intérêts de plus par an au taux actuel de 1,7 %, et de 155 à 185 € si le taux passe entre 2,2 % et 2,6 % au 1er février, sans impôt ni prélèvements sociaux. Chaque membre du foyer pouvant détenir un livret, « un ménage avec deux enfants pourrait détenir 120 000 euros d’épargne défiscalisée », calcule Philippe Crevel, pour qui la mesure « favoriserait plutôt les épargnants les plus aisés ». Les banques ne disent pas autre chose. « Les clientèles aisées sont celles qui sont déjà au plafond », déclarait fin septembre aux Echos Olivier Gavalda, président de la Fédération bancaire française (FBF), à propos de la proposition de Monique Barbut. La Cour des comptes, dans une note du 21 septembre, recommandait l’inverse : soumettre à l’impôt les intérêts des sommes dépassant les plafonds, l’exonération ayant coûté près de 5 milliards d’euros en 2025.
Se pose la question du taux, révisé au 1er février sur la base de l’inflation et des taux courts du second semestre. Les régions, elles, devront rembourser ce qu’elles emprunteront. « Cette facilité est un cadeau empoisonné », prévient Philippe Crevel.

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